Blanchiment d’argent : pourquoi le Gabon reste dans la zone rouge malgré les progrès africains ?

Le Gabon figure désormais parmi les pays africains les plus exposés au blanchiment d’argent. C’est ce que révèle l’édition 2025 du Basel Institute on Governance à travers son rapport annuel, le Basel AML Index, publié le 9 mars 2026.
Dans ce classement qui analyse 177 juridictions à travers le monde, le Gabon occupe la 8ᵉ place mondiale des pays les plus exposés aux risques de blanchiment d’argent et se classe 4ᵉ en Afrique. Avec un score supérieur au seuil critique de 6 points, le pays est officiellement considéré comme présentant un niveau de risque élevé.
L’indice repose sur 17 indicateurs combinant la solidité du cadre juridique, la transparence financière, l’efficacité des institutions et l’exposition aux risques de corruption. Sur plusieurs de ces critères, la performance du Gabon reste jugée préoccupante. Dans le classement africain, le pays se retrouve derrière la République Démocratique du Congo, le Tchad et la Guinée équatoriale, trois États qui figurent également parmi les juridictions les plus vulnérables au monde.
Un signal d’alerte pour l’économie gabonaise
Au-delà du classement, ce positionnement pose un problème économique majeur.Le blanchiment d’argent n’est pas seulement une question de criminalité financière. Il influence directement la perception internationale d’un pays. Lorsqu’un État est considéré comme à risque élevé, les banques internationales deviennent plus prudentes, les investisseurs renforcent leurs contrôles et certaines institutions financières limitent leurs relations avec le système bancaire local.
Autrement dit, ce type de classement agit comme un thermomètre de la crédibilité financière d’un pays. Pour un État comme le Gabon, qui cherche à attirer davantage d’investissements et à diversifier son économie au-delà du pétrole, une telle position dans l’indice constitue un handicap réel.
Le paradoxe africain
Le plus frappant dans ce rapport est le contraste avec la dynamique globale du continent. Selon le Basel AML Index, près de 70 % des pays d’Afrique subsaharienne ont amélioré leurs performances en matière de lutte contre le blanchiment d’argent ces dernières années.
Certains États ont même réussi à sortir de la catégorie « risque élevé », comme le Burkina Faso ou la Côte d’Ivoire, qui ont renforcé leurs dispositifs de contrôle financier et amélioré leur coopération avec les institutions internationales. Dans le même temps, des pays comme le Botswana ou les Seychelles sont aujourd’hui cités comme des exemples de gouvernance financière plus rigoureuse sur le continent.
Le contraste est donc saisissant : alors qu’une partie de l’Afrique progresse, certains pays d’Afrique centrale restent englués dans les mêmes fragilités structurelles. Le problème n’est pas seulement juridique, le Basel AML Index accorde une pondération importante à la qualité du cadre réglementaire de lutte contre le blanchiment d’argent. Mais le problème ne se limite pas aux lois.
Dans beaucoup de pays mal classés, les textes existent déjà. Ce qui pose difficulté, c’est leur application réelle : capacité des institutions de contrôle, indépendance des autorités judiciaires, transparence des transactions publiques et efficacité des mécanismes de surveillance financière. C’est souvent à ce niveau que les failles apparaissent.
Un risque de stigmatisation financière
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse la simple image. Un pays classé à haut risque peut progressivement subir ce que les spécialistes appellent une stigmatisation financière : les partenaires internationaux deviennent plus méfiants, les procédures bancaires se durcissent et les coûts des transactions financières augmentent. Ce phénomène peut ralentir l’activité économique et compliquer l’accès aux financements internationaux.
Face à ce classement, le défi pour le Gabon est donc clair : renforcer la crédibilité de ses institutions financières et de son système de contrôle. Cela passe par plusieurs leviers : amélioration de la transparence publique, renforcement des organes de régulation, lutte plus efficace contre la corruption et coopération accrue avec les organismes internationaux de lutte contre la criminalité financière. Car dans l’économie mondiale actuelle, la confiance financière est devenue un actif stratégique et sans cette confiance, même les économies riches en ressources naturelles peuvent rapidement voir leur attractivité s’éroder.



